Mon enfant peut-il préféré l'autre parent ?
Il y a des phrases qu’on n’oublie pas. Pas parce qu’elles sont graves, mais parce qu’elles tombent sans filtre, sans précaution, avec cette sincérité désarmante propre aux enfants de trois ans. Des phrases qui piquent un peu l’ego, qui font sourire sur le moment, puis qui restent en arrière-plan plus longtemps qu’on ne l’aurait cru.
Quand un tout-petit affirme une préférence très nette pour l’un de ses parents, l’autre peut se sentir mis de côté. Pas rejeté au sens adulte du terme, mais tout de même déstabilisé. On sait rationnellement que l’amour d’un enfant ne fonctionne pas comme celui d’un adulte. Et pourtant, émotionnellement, cela peut faire vaciller.
Ce sentiment est d’autant plus troublant qu’il arrive souvent à un âge très précis. Entre deux et quatre ans, les enfants traversent une période où ils structurent leur monde affectif. Ils testent, ils observent, ils comparent. Non pas pour blesser, mais pour comprendre. Comprendre qui fait quoi, qui est associé à quel moment, quelle activité, quelle émotion.
Ce que les spécialistes rappellent, et que beaucoup de parents découvrent sur le tas, c’est que cette préférence n’est ni définitive ni inquiétante. Elle est mouvante. Elle peut durer quelques semaines, quelques mois, puis se déplacer, parfois sans raison apparente. Elle ne dit rien de la qualité de l’attachement profond, qui lui, se construit sur le long terme et sur la sécurité émotionnelle.
Dans la majorité des cas, cette préférence s’explique par quelque chose de très simple : l’enfant associe un parent à ce qu’il aime le plus faire. Ce peut être un rituel, une activité, un moment précis de la journée. Le parent qui emmène souvent au parc, qui invente les jeux moteurs, qui est plus présent dans les temps de loisirs, devient naturellement celui vers qui l’enfant se tourne quand il a envie de plaisir immédiat.
À l’inverse, le parent qui gère davantage les transitions, les contraintes, les horaires ou les moments moins ludiques n’est pas moins aimé. Il est souvent perçu comme une figure de sécurité plus discrète, plus stable, moins sollicitée dans l’instant, mais tout aussi essentielle.
C’est là que beaucoup de parents se trompent. En voulant comprendre, ils se mettent à comparer, à interpréter, parfois à se justifier. Or, à cet âge, l’enfant n’exprime pas un jugement affectif. Il exprime une préférence contextuelle. Et cette préférence n’a pas vocation à être corrigée, encore moins discutée avec lui.
Ce qui aide vraiment, ce n’est pas de chercher à redevenir “le parent préféré”, mais de préserver le lien. Cela passe par des moments simples, choisis, sans pression. Un temps partagé régulier, même court, mais pleinement investi. Un moment où l’enfant sent que l’adulte est disponible, sans attente de retour, sans enjeu affectif.
Il est tout aussi important de ne pas se crisper. Un adulte reste un adulte. Un enfant, un enfant. Répondre à une phrase maladroite par une inquiétude visible, une tristesse ou une demande de justification, revient à lui confier une responsabilité émotionnelle qu’il n’est pas en mesure de porter.
L’attitude la plus sécurisante reste souvent la plus sobre : accueillir ce qui est dit, sans le dramatiser, et continuer à affirmer un amour constant, non négociable, indépendant des préférences du moment. C’est précisément cette stabilité qui permet à l’enfant d’explorer librement ses émotions… et d’en changer.
Avec le temps, les rôles s’équilibrent, les attachements se déplacent, et ce qui semblait personnel ne l’était pas. Juste une étape. Une phase. Un moment dans la construction de l’enfant.
FAQ – Parents, on se pose souvent ces questions
- Est-ce normal qu’un enfant préfère un parent à un autre ? Oui. C’est très fréquent entre deux et quatre ans. Cette préférence est généralement temporaire et liée au contexte, aux activités et aux moments partagés, pas à l’amour en profondeur.
- Est-ce que cela signifie que l’autre parent est moins aimé ? Non. L’attachement affectif ne se mesure pas à des phrases ou à des préférences ponctuelles. Un enfant peut se sentir profondément en sécurité avec un parent sans le verbaliser de manière démonstrative.
- Faut-il corriger ou reprendre l’enfant quand il dit qu’il préfère un parent ? Il vaut mieux éviter. Lui demander de se justifier ou de choisir peut créer une confusion émotionnelle. Une réponse simple et rassurante suffit.
- Comment renforcer le lien sans forcer ? En proposant des moments privilégiés, courts mais réguliers, autour d’activités que l’enfant apprécie, sans attente particulière en retour.
- À partir de quand faut-il s’inquiéter ? Dans la grande majorité des cas, il n’y a aucune inquiétude à avoir. Si la situation s’accompagne d’un rejet durable, d’angoisses importantes ou de troubles du comportement, un avis professionnel peut être utile, mais cela reste rare.